(La
Libre 26/05/2007)
Entendu comme
témoin, l'actuel Premier ministre qualifie de mauvaise la
décision de retirer les troupes belges du Rwanda. Mais il
n'oublie pas le contexte d'avril 1994. Ni le rôle joué
dans le drame par le major Ntuyahaga.
Cités par les familles des 10 paras tués à
Kigali et par la défense du major Bernard Ntuyahaga,
accusé, devant la cour d'assises de Bruxelles-Capitale, de
l'assassinat de ces Casques bleus, Jean-Luc Dehaene, Willy Claes et
Leo Delcroix, respectivement Premier ministre, ministre des
Affaires étrangères et ministre de la Défense
nationale à l'époque des faits, ont
précédé, vendredi, à l'audience, le
Premier ministre actuel, Guy Verhofstadt.
Me Luc De Temmerman, conseil de l'accusé, tenait à
tout prix à voir comparaître ce dernier qui fut, en
1997, rapporteur d'une commission parlementaire d'enquête sur
le Rwanda.
La défense a, en l'occurrence, raté une occasion de
la jouer sobre car l'impressionnante audition de M. Verhofstadt n'a
guère servi ses intérêts. On devine que Me De
Temmerman espérait que le Premier épinglerait les
errements de ses prédécesseurs au gouvernement.
Or, il a, avec une humilité qui ne paraissait pas feinte et
qui a, en tout état de cause, fait impression, relevé
qu'il aurait, lui aussi, pris la décision de retirer le
contingent belge du Rwanda après la mort des dix Casques
bleus s'il avait été au pouvoir.
La volonté de retrait était unanime, elle traversait
tout le Parlement, opposition comprise, a-t-il dit en substance. La
décision prise était mauvaise, a-t-il ajouté,
mais "je ne pense pas que j'en aurais pris une autre". "C'est cela
qui fait peur dans la politique. Pouvoir commettre de telles
erreurs", a-t-il encore déclaré.
Autre moment fort, d'ailleurs relevé par des avocats des
parties civiles à l'occasion de commentaires acerbes pour
MM. Dehaene, Claes et Delcroix, celui où Guy Verhofstadt,
cuisiné de façon confuse par Me De Temmerman, a
évoqué des passages du rapport de 1 000 pages
dressé par la commission où il est question de
témoins rwandais rapportant que des compatriotes rendaient
les paras belges, que le témoin a qualifiés de
héros, responsables de l'attentat contre l'avion du
président Habyarimana et d'autres encore, qui ont vu les
Casques bleus emmenés au camp Kigali, les mains en l'air,
par le major Ntuyahaga et celui-ci chuchoter aux militaires que les
Belges avaient descendu l'avion présidentiel, ce qui a,
explique M. Verhofstadt, entraîné l'attaque massive
des militaires.
Une
jambe, une main...
Pour le Premier ministre, toutes les hypothèses concernant
les responsabilités de l'attentat ont été
présentées par la commission. Dire que celui qui a
tiré sur l'avion est l'initiateur du génocide, c'est
trop court, dit-il. Ce qui est sûr, scande-t-il, c'est que ce
ne sont pas les Belges qui ont fait tomber l'appareil mais que
c'est en les accusant qu'on a provoqué leur mort puis le
retrait des troupes belges et le génocide qui s'en est
suivi, lequel était planifié de longue date, selon
lui, avec, à la clé, achat massif de machettes,
constitution de caches d'armes et propagande haineuse à la
radio.
Ce ne sont pas les Belges qui venaient couper la jambe des Tutsis,
puis le lendemain l'autre, et le lendemain une main, et le
lendemain la deuxième, avant, le cinquième jour,
d'achever la victime. "Nier cela, cela porte un nom", s'est
exclamé M. Verhofstadt.
Lequel a rappelé qu'il était allé au Rwanda en
2000 et qu'il y avait, au nom du Parlement et du gouvernement,
présenté ses excuses pour l'attitude de la Belgique
et la communauté internationale. Des excuses que MM.
Dehaene, Claes et Delcroix ne sont pas, eux, prêts à
formuler.
Bref, comme l'a signalé Me Attout, Guy Verhofstadt, tout en
abordant le contexte politique de l'époque, n'a pas
oublié qui était au centre du dossier. A savoir un
accusé dont son défenseur n'a pas vraiment servi les
intérêts. "Encore quelques témoins à
décharge, comme cela et nous n'aurons plus besoin de
plaider", ironisait d'ailleurs Me Frédéric
Clément de Clety, avocat des parties civiles.
JEAN-CLAUDE MATGEN
Mis en ligne le 26/05/2007
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